Les pleurs de l’Ogre. 2014. Plume de Vair 2015.
Son écriture est issue d’un rêve. De l’autre côté d’un long fleuve, une femme, Jeanne. Cheveux dénoués, elle court. Séparées par l’eau, nous sommes proches pourtant. Peu après ce rêve, une psychologue clinicienne prénommée également Jeanne, bouddhiste d’origine chinoise, vient de l’autre côté des océans, de Polynésie, faire un stage sous ma direction. Le roman, oublié douze ans, évoque la question difficile de la transmission de l’histoire et ses blessures, en un dialogue constant entre passé (la vie dans une ferme perdue dans la montagne, le maquis et la destruction d’un village des Hautes Vosges en novembre 44) et présent (Drancy où Marie attend son amant et d’où partirent les trains des déportés juifs et tziganes)
Et comme un oiseau à sa fenêtre, la guerre. 2015

Boris Pahor
Ce texte naît d’un surgissement de rencontres. L’ultime sera la découverte de la pierre tombale au cimetière de Die, une tombe sans identité. Sa seule inscription, énigmatique. « Et maintenant le silence ». De ce texte, le plus étrange, naît la certitude qu’il faut écrire, de lui sont issus les autres. Ici, prémonitions, rêves et « coïncidences significatives » subvertissent la réalité, comme le rêve prémonitoire de la « Mosaïque de Die ». Un récit porté par la joie, le parfum des roses qui chuchotaient leurs secrets et ces oiseaux, mésanges, rouge-gorge et moineaux sautillant devant ma porte. L’un d’eux, plus curieux, pénétra par un jour frileux de mai dans la véranda, par une étroite fente. Il voleta au-dessus de ma tête au moment précis où j’ouvrais une parenthèse dans un message à mon éditeur. J’y précisais sans raison « langage des oiseaux » pour décrire une façon de faire connaître mes textes, que j’appelais alors » tweet à l’ancienne ».
Mihaj, l’un des personnages, est en fait Boris Pahor, écrivain slovène traduit en plus de trente langues, rescapé des camps de la mort, ami de toujours et qui ne cesse de répéter: « Écris ma petite, il te faut écrire ».

» Et maintenant le silence » Cimetière de Die.
Ma ville brûle. 2016. Prix Victor Hugo. 2017
Ce roman s’appuie sur vingt ans de travail en banlieue, dans les cités. Il a exorcisé une inquiétude, qu’il ne vienne un affrontement radical entre deux communautés, deux cultures. Que ma ville ne brûle davantage comme le 19 octobre 2007, à 16 heures. Un individu masqué d’une cagoule attaqua une école au fusil d’assaut, événement réel, au coeur de ce roman.
Se souvenir de nos dettes. Les personnages de Samia et de Myriam sont inspirés d’une amie, psychanalyste algérienne, réfugiée à Paris lors de la « Décennie noire », autre guerre civile (plus de 200 000 victimes). Son histoire touche d’autant plus que son grand-père appartenait aux troupes indigènes qui libérèrent la France en 1944 et permirent que mon village ne soit un nouvel Oradour. D’où cette impression de reconnaissance immédiate le soir où je la rencontrai. Son grand-père, démobilisé le 1 mai, sera assassiné le 8 mai 1945 à Sétif, par les soldats français, ses frères d’armes. Le père de Samia quant à lui, fut torturé lors de la « guerre sans nom » où le peuple algérien demandait son indépendance tandis que leur maison fut brûlée, comme le fut mon village par les nazis.
Aujourd’hui cette crainte d’un affrontement plus radical s’est matérialisée lors des divers attentats où j’ai failli perdre ceux qui m’étaient les plus chers.

Intérieur d’une baraque en bois donnée par la Croix Rouge afin d’accueillir les réfugiés en 1945. Deux destins proches puisque mon village, « La Bresse martyre », fut libéré par ces mêmes troupes indigènes en novembre 44 et la population dut se réfugier en Haute-Marne avant de revenir loger dans ces baraques provisoires.
Oh les beaux jours de bonheur indicible! (à paraître)
Un pur hasard ? » Ma ville brûle » est juste terminé. Par une journée grise de novembre, le trottoir d’une rue proche est encombré d’objets hétéroclites abandonnés sous la pluie. Sous un carton d’esquisses et d’aquarelles, des romans classiques, « L’exil et le royaume » et « L’étranger » de Camus, Dostoïevsky, « Humiliés et offensés »… Et surtout J. London « L’appel de la forêt » aux pages froissées souvent compulsées. Parmi les livres, le récit d’Eva Thomas, « Le viol du silence » ! Un des premiers à mettre au jour la douleur d’enfants violés par un proche. Sous les livres, un carnet, sa couverture en ardoise finement gravée de motifs gothiques. La première page est une déclaration d’amour. « Mon amour, mon unique amour, je tiens à toi mon amour. Il aura fallu ce week-end à la campagne… ». Page suivante, c’est autre chose. Quinze jours sont passés. Le texte est très mince. Dix courtes pages, mais un drame en filigrane, récit aussi poignant, aussi parlant que ces objets, témoins muets d’une intimité livrée pêle-mêle à la rue. Ce récit s’est frayé chemin à la suite. En souvenir de cette inconnue, de ses semblables que je n’ai curieusement cessé de rencontrer lors du travail d’écriture, récits plus durs, plus sordides, parfois défiant le sens commun et marqués par une folie meurtrière.
Danse avec la nuit. (En cours)
Janvier 2015, Cabus est assassiné. Avec lui ces années de jeunesse où il nous rendait visite dans la communauté où l’on soignait les animaux blessés, renards, chouettes, busards… Y étaient également accueillis objecteurs de conscience alors traqués par la police, les « indianistes » cherchant à renouer avec les cultures amérindiennes… C’était il y a 50 années. Déjà on se sentait responsable de la terre, alertant contre les dérives d’un mercantilisme. Gébé, « La gueule ouverte », René Dumont et Ivan Illich… L’histoire se situe à la fin des années 1970, un gigantesque scandale soulève l’Italie, des jeunes gens remettent en question une société dominée par le profit. Loup Gris, un sage amérindien, les initie à la sagesse de son peuple. Mais leur tentative de promouvoir d’autres valeurs, plus humaines, se trouvera radicalement bouleversée.