
Mordecai Gebirtig, poète et chanteur assassiné par les nazis « Il brûle mes frères, notre pauvre village brûle! Et vous restez là à regarder bras croisés »
« Au fond de leur mémoire subsiste une chanson très ancienne, la route de l’exil, les assassinats et les viols, les sables du désert et la chaleur aride, entassés sur le toit d’un camion poussif, brinquebalant de ses tôles. Et les bateaux qui n’accosteront pas, là-bas, au large des côtes siciliennes, des Canaries ou du sud espagnol, sur des plages où de vagues touristes les découvriront au matin, tout morts et gonflés d’eau salée… »
« Le policier baisse sa vitre, esquisse un geste amical et désigne le journal: – Toujours pareil, la crise. Et qui va payer? Je vous le demande. Bon, il vaut mieux parler d’autre chose. Tenez, la cité. Aujourd’hui, ils ont l’air calme. Mais il ne faut pas s’y fier, le feu couve. Au moindre incident, il peut repartir… »
« Samia disait son pays abandonné dans l’urgence. Elle avait tout laissé… Le lendemain, les premiers assassinats commençaient. C’était un nouvel ordre de terreur. Il sévirait dix années entières, les années noires dont on pensait ne jamais connaître la fin. De toutes jeunes filles refusaient de se soumettre. Elles résistaient avec leur regard ourlé de kôhl , cheveux dénoués et corps délicat sous les fines bretelles des robes estivales. Dans la rue, on les insultait, on les salissait de propos orduriers mais elles persistaient, tête haute. Parfois l’une disparaissait, enlevée. Jamais on ne la revoyait… »
« La pendule dont la mélodie enchantait son enfance. Un jour, elle a découvert les paroles: C’est la putain de Nancy, qu’a foutu la vérole à tout’ la caval’rie. Et la pendule avance par à coups dans un petit déclic de balle, comme si on pressait la détente d’un pistolet déchargé… »