Mosaîque des 4 fleuves. Die. (figure centrale du rêve prémonitoire).
« Après qu’on ait porté Vadim en terre, ou plutôt ses restes, ceux d’un vieillard d’à peine cinquante ans, démantelé, méconnaissable, on avait sonné au coeur de la nuit. Laura ouvrait en chemise, cheveux épars et les yeux chagrinés de sommeil. Sylvia hésitait sur le seuil. » Excuse-moi. J’ai roulé, roulé comme une folle. Je n’en peux plus. J’ai essayé pourtant. » Sa confusion se reflétait dans sa façon de parler, d’une voix qui s’affaissait, d’une bouche pleine de larmes, les larmes d’une enfant qui refusait autrefois de pleurer et considérait gravement le monde en s’efforçant d’être brave. Une fillette qui voulait seulement être aimée, qui avait cru trouver l’amour et que l’amour avait abandonnée. »
« Pour Vadim, la guerre est triste et sale, ennuyeuse. La nuit, c’est pire. Une menace diffuse, planant sur la silhouette encapuchonnée de ténèbres. Le sommeil transparent qui prend par surprise, transi, recru de fatigue. Un bruit suspect dans les broussailles. Les étoiles des balles découpaient une forme, âne égaré, humain qu’importe, la petite musique métallique des douilles sur les pierres, tout se confond à la clarté lunaire. La nuit glacée flotte sur la terre et Mars la planète rouge, scintille au dessus des montagnes. »
Scnnell, schnell, les fourmis noires vont mourir bientôt sous les balles. Devant Colmar les restes de leur régiment sera décimé, raus, raus, aujourd’hui ils hurlent, leurs voix déplacées, criardes, raus grand-père veut brûler avec sa ferme, sortez-le sur sa chaise, cadavres mutilés et les mouches, les mouches, l’odeur et le feu et la dynamite et les canons sur la crête, maman j’ai froid et la pluie battante la neige tombe. Le ciel s’ouvre et un dais de flocons blancs recouvre leur malheur. Maman, mes mains, mon coeur brûlent. »
« Sept salamandres, minuscules dragons d’or qui dardaient le triangle noir et pensif de leur tête. On disait au Moyen-Age que la salamandre renaissait de ses cendres, pareille à l’oiseau phénix et ses marques d’or attestaient de sa proximité avec le feu. Au-dessous de la Cabanette, quand le sentier croise la route forestière, elle a surpris la fuite d’une bête, queue grise et touffue à travers les buissons. Ce n’était pas encore l’hiver mais le vieux loup gris commençait à approcher les maisons. Etait-ce le même qui rendait visite à son amie? Mila lui avait dit un jour que le paradis était grand ouvert, seule notre distraction, faisceau de silence et d’oubli, nous en fermait les portes. Mais n’était-ce pas cela que Mihaj, de son lit d’hôpital, avait tenté de lui transmettre? Et résonnait une nouvelle fois ce mot.
« Résurrection. »
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